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« Taka te préparer… »
Entretien où il est question de talkie et de méditation, de préparation et de cueillette,
d’autodéfense et de chants, de respiration et de brigadage, d’émotions et de confiance en soi
La société techno-industrielle nous rend toujours plus dépendantes d’elle. Pour vivre, manger, s’abriter, se déplacer, même pour rêver et tisser des liens. Année après année, prothèse technologique après prothèse, elle renforce son emprise et nous fait oublier qu’est-ce que c’est d’être autonome, d’avoir des compétences et des savoir-faire pour vivre à sa marge… et la combattre.
D’autre part, le monde court vers l’effondrement écologique pendant que les tensions géopolitiques, économiques, militaires et sociales s’exacerbent. Des décennies d’éloignement de la nature, sa dévastation par le rouleau-compresseur du Progrès et le rétrécissement des mondes au seul horizon de la dystopie technologique, ont fortement participé à nous rendre peu aptes à affronter des situations compliquées. Avec ce qui se profile à l’horizon, nous pensons que la préparation et l’entraînement devraient faire intégralement partie de nos combats et de nos vies. Pour creuser ces notions-là et mettre tout cela un peu en perspective, nous avons réalisé cet entretien avec une compagnonne enfant de la Lune.
Est-ce que de nouvelles technologies peuvent sauver la planète? Poser la question au cachalot
Un magnat du pétrole, un éco-technophile et un cachalot sont dans un bar. Ils se sont mis à boire et, inévitablement, à se la raconter. Le pétrolier regarde le cachalot et déclare que sans les combustibles fossiles, les 75 espèces de baleines auraient été chassées pour leur huile jusqu’à l’extinction.
« Mon industrie et sa technologie ont sauvé ton gros cul. »
L’éco-technophile s’est alors incrusté dans la discussion. Selon lui, sauver les baleines était un jeu d’enfant.
« Vous, les pétroliers, vous avez peut-être sauvé quelques baleines, mais les technologies bas carbone vont sauver cette foutue planète – y compris les pétroliers. »
À ce moment, le cachalot pose son whisky pour exprimer son indignation.
« Bande d’idiots. Le pétrole a accéléré le massacre des baleines, et les technologies vertes ne vont probablement pas sauver la planète. Vous deux, bande de crétins, ne connaissez rien à l’énergie ni à ses conséquences imprévues. »
C’est là une parabole moderne sur l’énergie.
L’extractivisme vert au secours de la société techno-industrielle
Sur la transition énergétique et la destruction de la nature
ainsi que sur la nécessité de résister et d’attaquer
Lorsque l’on parle aujourd’hui d’économie verte ou d’offensive d’innovation pour sauver le climat, cela ne signifie généralement rien d’autre que l’exploitation de nouvelles ressources grâce au progrès technologique afin d’augmenter l’efficacité et de créer de nouveaux marchés pour maximiser les profits. L’ordre économique capitaliste ne fonctionne que grâce à son expansion continue.
Les catastrophes actuelles ne conduisent donc pas à lutter contre leurs causes, ce qui remettrait inévitablement en question le mode de production industriel en lui-même, mais servent aux dirigeants à justifier de nouvelles mesures gourmandes en ressources pour relancer l’économie. Avec des conséquences désastreuses.
L’argument de la protection du climat par la politique a donc l’effet inverse de celui qu’elle prétend vouloir et pousse à la restructuration du commerce et du capital en créant d’énormes potentiels d’investissement et des possibilités de rendement.
En fin de compte, cela signifie que rien de ce que les techno-optimistes veulent nous vendre sous le label de la durabilité ne sauvera quoi que ce soit. Pas d’éolienne, pas de centrale solaire, pas de voiture électrique. Car ce sont avant tout des intérêts économiques et non écologiques qui sont en jeu. Les chiffres relatifs à la consommation de ressources nécessaires à la production de technologies « vertes » en témoignent également, si l’ère fossile devait vraiment être dépassée avec un volume économique constant ou croissant.
Il ne reste donc qu’un constat, peut-être amer pour certains, à savoir que la seule chose qui doit être sauvée ici est la civilisation, qui repose sur une confiance aveugle dans le progrès technologique.
Des tirs dans la nuit
Quand un franc-tireur prend le système techno-industriel dans sa ligne de mire
Au cours de l’été 2016, Stephen McRae, un Texan de cinquante-sept ans, quitta les forêts de l’Oregon pour se rendre dans les vastes étendues du Grand Bassin. Il avait pour plan de se lancer dans le sabotage. La première cible était une centrale électrique au charbon située près de Carlin, au Nevada. Cette installation de 242 mégawatts appartenait à la Newmont Corporation et servait à alimenter deux mines d’or situées à proximité, également propriétés de Newmont.
McRae détestait passionnément les centrales électriques au charbon, mais il détestait encore plus les mines d’or. L’or représentait tout ce qui était frivole, obscène et destructeur. Pour McRae, la ruée vers l’or était le symptôme d’une forme de dégénérescence civilisationnelle en raison de la pollution liée à son extraction, des perturbations catastrophiques des sols, de l’empoisonnement de l’eau et de l’air. De plus, la ferveur pour le métal jaune rendait les gens hostiles les uns envers les autres.
Des années plus tard, lorsqu’il pouvait enfin partager son histoire, McRae me confia autour d’un feu de camp en pleine nature que les mines d’or devaient mourir. « Et la centrale électrique aussi. Je voulais que tout cela disparaisse.»
Direct action
Une histoire de résistance armée au Canada
Au début des années 80, dans un milieu de squats, de punk, d’activisme et de vol à l’étalage, quelques individus affectés par les conflits en cours – luttes autochtones et écologistes, guérilla et guérilla urbaine – se rencontrent et complotent.
Nous sommes au Canada. Dans un milieu de contestation et de vie collective bien connu, l’objectif de Doug, Anna et Brent : construire un groupe armé de type anarchiste. Poser des actes destructifs qui bloquent le pouvoir dans ses projets nocifs, et ce, toujours en soutien avec les mouvements d’opposition. Ensuite : inspirer et instruire d’autres groupes pour qu’ils passent à l’attaque à leur tour.
L’approfondissement de leur rencontre donnera naissance à une expérience particulière et intéressante à laquelle vont se joindre plus tard Juliet et Gerry. Cette expérience se nommera Direct Action.
Le règne ténébreux de l’artificiel
Naissance et essor de la chimie industrielle
Aujourd’hui, 204 millions de substances chimiques sont répertoriées. Les industriels de la chimie admettent aujourd’hui l’usage de 150 000 substances chimiques, et c’est ce qui permet une définition approximative de ce secteur de l’industrialisme : l’industrie chimique concerne la fabrication de matières synthétiques, artificielles, non-existantes dans la nature. Comme on le verra au long de cet article, l’industrie chimique est non seulement le modèle par excellence de la domestication industrielle (par son assaut contre le vivant, sa volonté de contrôle, sa pollution, sa mise au service de la conquête et de l’extermination), mais elle en est aussi la pierre angulaire. Et à l’instar de l’ensemble des industries en « transition écologique », elle est en pleine mutation pour préserver sa place centrale au sein de la société techno-industrielle.
Au carrefour de la logistique
Géographie du transport industriel
« L’importance de la logistique ne se situe pas uniquement à une échelle macroéconomiques, mais se décline jusqu’à la route départementale qui assure la connexion routière entre l’entrepôt et le supermarché. Le déploiement des nouvelles technologies et du numérique n’ont pas fait diminuer les investissements dans la logistique du transport, bien au contraire. Rien qu’en construction autoroutier, les investissements mondiaux pour construire des toutes nouvelles routes dépassent les 3400 milliards de dollars. Un financement à la hauteur d’une véritable guerre contre ce qui n’est pas encore relié, désenclavé ou traversé par des routes goudronnées. Montagnes percées, forêts rasées, biotopes exterminés, cours d’eau endigués – qu’il s’agit d’autoroutes, d’infrastructures ferroviaires, d’installations portuaires, partout le rouleau-compresseur de la logistique sème la dévastation. Et parfois, il suscite des luttes farouches et des résistances acharnées pour empêcher l’œuvre écocidaire, pour rester hors de l’orbite du commerce mondial, pour défendre la nature et la possibilité d’une vie libre en son sein. »
Résister à la technosphère
Début mars 2024, en plein milieu de la nuit. Près de Berlin, à Grünheide, tout s’arrête au sein de la giga-usine de fabricant de voitures électriques Tesla, récemment implantée au détriment d’une forêt. Les milliers d’ouvriers et d’ingénieurs assistent impuissants à l’arrêt des chaînes de production. En cause ? Le sabotage incendiaire de l’alimentation électrique de l’usine, revendiqué aussitôt par un groupe Volcan, contre le greenwashing du capitalisme et le progrès industriel. Les autorités allemandes et Elon Musk dénoncent les « écoterroristes ». Mais cette action n’est que le dernier épisode d’une escalade offensive contre la société techno-industrielle dans les contrées allemandes.
Au fil des dernières années, du nord au sud et de l’ouest à l’est, le pays d’outre-Rhin a connu une résurgence des « mobilisations pour le climat », des occupations de forêts et de luttes contre des projets industriels tels que l’extraction de charbon, la construction de nouvelles autoroutes ou l’agrandissement de zones industrielles et de ports. Si une critique radicale de la société techno-industrielle surgit et grandit au sein de ces combats qui se heurtent à une répression toujours plus rude de la part de l’État, certaines mobilisations semblent aussi prêter la main au discours de la « transition verte » en appelant à l’exploitation des ressources renouvelables et aux solutions technologiques pour parer aux effondrements écologiques en cours. Mais malgré des tentatives de limiter la portée de l’éveil d’une conscience anti-industrielle et d’une pratique offensive conséquente, de nombreux sabotages ont visé les industries polluantes, les cimenteries, les projets énergétiques, les centres technologiques et les infrastructures énergétiques, logistiques et de télécommunication. Plongeon dans une effervescence inspirante et radicale en cette ère de planète en surchauffe, d’extinction massive et de fuite en avant technologique.
Au plus profond de la nuit, la lune est la plus claire
Plongée dans l’effervescence écologiste et le sabotage
Début mars 2024, en plein milieu de la nuit. Près de Berlin, à Grünheide, tout s’arrête au sein de la giga-usine de fabricant de voitures électriques Tesla, récemment implantée au détriment d’une forêt. Les milliers d’ouvriers et d’ingénieurs assistent impuissants à l’arrêt des chaînes de production. En cause ? Le sabotage incendiaire de l’alimentation électrique de l’usine, revendiqué aussitôt par un groupe Volcan, contre le greenwashing du capitalisme et le progrès industriel. Les autorités allemandes et Elon Musk dénoncent les « écoterroristes ». Mais cette action n’est que le dernier épisode d’une escalade offensive contre la société techno-industrielle dans les contrées allemandes.
Au fil des dernières années, du nord au sud et de l’ouest à l’est, le pays d’outre-Rhin a connu une résurgence des « mobilisations pour le climat », des occupations de forêts et de luttes contre des projets industriels tels que l’extraction de charbon, la construction de nouvelles autoroutes ou l’agrandissement de zones industrielles et de ports. Si une critique radicale de la société techno-industrielle surgit et grandit au sein de ces combats qui se heurtent à une répression toujours plus rude de la part de l’État, certaines mobilisations semblent aussi prêter la main au discours de la « transition verte » en appelant à l’exploitation des ressources renouvelables et aux solutions technologiques pour parer aux effondrements écologiques en cours. Mais malgré des tentatives de limiter la portée de l’éveil d’une conscience anti-industrielle et d’une pratique offensive conséquente, de nombreux sabotages ont visé les industries polluantes, les cimenteries, les projets énergétiques, les centres technologiques et les infrastructures énergétiques, logistiques et de télécommunication. Plongeon dans une effervescence inspirante et radicale en cette ère de planète en surchauffe, d’extinction massive et de fuite en avant technologique.
Hydrogène : le cheval de Troie de la Transition énergétique
De nombreux facteurs poussent la société techno-industrielle vers une modification importante de sa production énergétique. Certains ont argumenté que la croissance progresse directement proportionnellement à la disponibilité d’énergies. Plutôt qu’une substitution d’une ressource énergétique par une autre, elles se sont additionnées : l’exploitation du pétrole n’a pas fait disparaître le charbon. Aujourd’hui, au vu des quantités astronomiques d’énergie qu’engloutit la production industrielle, il est totalement inconcevable – sans renoncer à la croissance – d’abandonner certaines ressources énergétiques au profit d’autres. Pour les États et les industriels, il s’agit plutôt de diversifier le mix énergétique afin de pouvoir tirer un profit maximal des caractéristiques particulières des différentes ressources et d’étayer des stratégies géopolitiques. Cette diversification n’est pas nouvelle : elle est au cœur du développement capitaliste depuis le début de l’industrialisation.
Cette continuité dans la course effrénée d’additions énergétiques alimentant l’enfer industriel ne rend pas moins réelle l’actuelle « transition énergétique », c’est-à-dire, la reconfiguration du mix énergétique pour diminuer la part d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). Quelque part, la gravité de la crise écologique (et des effondrements systémiques qui pourraient en découler), la finitude des énergies fossiles et la complexité du nucléaire, a fini par rendre économiquement envisageable et géopolitiquement soutenable l’exploitation d’autres sources énergétiques, comme en témoigne les investissements massifs dans l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse.
C’est dans cette optique qu’il faut considérer le lapin blanc de l’hydrogène. Les industriels se font de moins en moins timides à son sujet, et d’autres l’ont d’ores et déjà baptisé « le pétrole du futur »
En temps d’écocide
Quelques interrogations contemporaines pour l’action anarchiste.
« Il nous met aussi face à nous-mêmes et nous incite à aller à l’air libre. A déterrer la hache de la guerre, à se battre farouchement pour notre liberté, qui est aussi fondamentalement liée à la forêt et aux plantes, aux roches et aux rivières, à d’autres êtres vivants, au climat, bref, à la nature non comme un objet extérieur, mais une force vivante constitutive de notre être qui nous lie avec tout ce qu’il y a autour. C’est cette force-là qui essuie les incessants assauts écocidaires de la société industrielle sans avenir. C’est cette force-là qui se défend, d’une manière ou d’une autre. C’est cette force-là qui nous appelle maintenant à franchir le seuil et à entrer en résistance. »










